Depuis plusieurs mois, les médias relayent en chœur le grand malaise des médecins libéraux, qui expliquerait le refus massif de leurs syndicats de signer le projet de convention que la
Caisse nationale d’assurance-maladie leur proposait, alors que notre pays connaît une crise médicale profonde.
La pandémie de Covid-avait mis en évidence les faiblesses de l’hôpital public, mais depuis, alors que la situation est redevenue plus normale, les ravages causés par la baisse de la
démographie médicale sont de aggravés : 11 % des Français, dont 657 000 malades chroniques, n’ont pas de médecin traitant.
Les praticiens de ville sont de moins en moins nombreux pour soigner une population qui continue à vieillir : atteints par de multiples pathologies, ces patients âgés ont besoin de plus de
soins.
Mais les déserts médicaux, résultat de l’absurde numerus clausus mis en place à la demande des syndicats de médecins eux-mêmes, et qui a limité jusqu’en 2019 l’accès aux études médicales,
s’étendent de plus en plus, alors qu’explosent les inégalités dans l’accès aux soins.
C’est pourquoi le refus de la nouvelle convention par la profession médicale fait craindre une nouvelle fragilisation du système particulier auxquels les Français sont attachés : la libre
consultation de médecins agissant dans un cadre privé, dont le coût est pris en charge en grande partie par l’Assurance-maladie, autrement dit par l’argent public.
Pour assurer la pérennité d’un réseau médical irremplaçable, il semblait assez logique de s’attaquer à ses maux actuels par le biais d’un système d’incitation financière.
La revalorisation de 1,50 euro des consultations, portant le tarif de référence des généralistes à 26,50 euros, mais une hausse supplémentaire (permettant un tarif d’au moins 30 euros pour les
généralistes) était conditionnée à la signature d’un « contrat d’engagement territorial » prévoyant l’accueil de nouveaux patients, la participation aux permanences et aux gardes du
week-end.
Bien que ces propositions ne paraissent pas scandaleuses, les syndicats de médecins libéraux les ont violemment repoussées en revendiquant des augmentations plus substantielles (le doublement du
tarif de la consultation de généraliste à 50 euros) et surtout non conditionnées, ainsi que de nouveaux moyens pour libérer du « temps médical ».
Les 113 000 médecins libéraux – dont 57 000 généralistes - semblent oublier que l’augmentation à 26,50 euros est de 6 % et qu’elle représente en moyenne 7 000 euros de plus par an, pour
des généralistes dont le revenu annuel est d’environ 90 000 euros.
Leur revendication de moyens supplémentaires pour dégager du « temps médical » serait plus crédible s’ils ne refusaient pas systématiquement les solutions qui ont avancées pour les
soulager comme les délégations de tâche aux « infirmiers en pratique avancée » (IPA) et à certains professionnels paramédicaux.
Au risque d’être accusés de corporatisme
La réalité du dévouement des médecins libéraux et de la lourde charge de travail qui pèse déjà sur eux n’est pas niable, et leur désarroi n’est pas contestable.
Mais l’idée d’un équilibre entre droits et devoirs des praticiens semble plutôt cohérent avec le financement public d’une activité privée, par l’Assurance-maladie, c’est-à-dire par les
cotisations des patients.
Si les médecins sont inquiets, la population attend que des mesures efficaces soient enfin prises d’urgence pour assurer l’accessibilité d’un réseau médical performant à tous et sa
pérennité.
L’heure n’est plus, ni à l’égoïsme catégoriel, ni à l’approche comptable des problèmes de santé.
